La Révolution à Ernée

Introduction

Dans la région d’Ernée, peut-être moins que dans le reste du département, on était hostile aux idées révolutionnaires. Il fallait comprendre : on s’attaquait au roi, mais aussi à la Sainte Eglise, on réquisitionnait les grains, mais surtout les hommes pour aller à la guerre et défendre la République. Cela justifiait largement que les gens des campagnes prennent les armes, d’autant plus que les brigands étaient nombreux et avec la fin de la gabelle était un peu en manque d’occupation... Les Vendéens, lorsqu’ils passérent dans le département, récupérèrent ainsi des troupes fraiches, et leur mouvement pris le nom d’un mayennais, Jean Chouan.

Ernée connut aussi les méfaits de Clément et Quatin, respectivement maire d’Ernée et juge de paix du canton, 2 révolutionnaires convaincus, qui tous deux prirent du grade. En d’autres temps, ces brigants auraient été simplement arrêtés. Sous la Révolution, on les craignait, et ils eurent des responsabilités dont ils étaient indignent.

Sous La Constituante (1789-1791) : le Clergé et la noblesse mal-menés

Le cahier de doléance et l'élection des députés

Les Ernéens accueillirent avec enthousiasme la convocation aux États Généraux (qui ne s’étaient pas tenus depuis 1614), c’est-à-dire qu’ils devaient élire les députés qui les représenteraient. L’ordre royal demande auparavant au peuple de faire connaître ses souhaits dans le cahier des doléances. Les Ernéens participèrent activement à la rédaction de ce cahier.

Dans l’introduction on aborde le problème du déficit de l’état : “La dette de l’état est maintenant un danger menaçant”, à cause “des ministres ignorants ou pervers...”.

Les Ernéens furent ensuite convoqués au son de la cloche le 5 mars 1789 dans l’auditoire de l’hôtel de ville, sous la présidence de Julien-Louis Jeudry, maire, pour élire les députés. Une centaine de personnes de tout ordre se réunit donc pour écouter la lecture du “cahier de plaintes et de doléances”.

L’élection, dont les habitants d’Ernée n’avaient pas vraiment l’habitude, désigna l’Abbé Grandin (le nouveau curé d’Ernée), homme instruit et apprécié de ses paroissiens, et Julien Delalande, lieutenant de mairie d’Ernée.

La nationalisation des biens du clergé

L’une des premières décision de La Constituante fut, le 2 novembre, de nationaliser les biens du clergé et leur mise en vente pour couvrir l’émission des assignats, dans le but de sauver les finances. On vendit donc ces biens regroupés en petite lots. Ce furent les bourgeois qui achetèrent le plus, ainsi que les fermiers les plus riches. La noblesse acheta peu, le clergé aussi. Les autres personnes n’achetèrent que des petits lots.

Les premières émeutes, pour du grain

En 1790, vers la fin de l’hivers et le début du printemps, les premières émeutes eurent lieu : des groupes se rendirent dans les châteaux, les propriétés bourgeoises et quelques fermes pour y réclamer, sous la menace, les réserves de grain. On réclamait des grosses quantités de grains, froments, seigle, sarrasin, à un prix arbitraire fixé par les émeutiers et bien au dessous du cours normal.

A Larchamp par exemple, les soldats du Royal Roussilon, et la garde nationale d’Ernée qui formaient l’escorte d’un convoi de blé, tirèrent sur un groupe de gens qui les poursuivaient. Une femme fut tuée, et un homme blessé.

La création des départements

En 1790, on créa le département de la Mayenne, qui réunissait toutes les paroisses productrices de fils de lin de la région.

Ernée devint le chef-lieu d’un district de 9 cantons, contenant 45 000 personnes, et dont les frontières correspondaient pratiquement à celle de l’ancien grenier à sel.

La Constitution Civile du clergé

La plus grosse réforme de la Constituante fut votée le 12 juillet 1790. Il s’agissait d’une réforme de l’Église de France, la Constitution Civile du Clergé. On décida la confiscation et la vente des biens du clergé catholique. Elle considérait que les curés et les évêques devaient être élus, tout comme les députés, les maires, les juges ou les officiers de la garde nationale. Les plus riches citoyens de chaque paroisse devaient donc élire un curé par paroisse, et les évêques, qui signalaient leur élection au Pape. Le nombre des prêtres était par ailleurs réduit.

Par la suite on exigea que les cléricaux prêtent serment à la Constitution Civile. Ceux qui refusaient devenaient réfractaires (voir la photo d’une cache de prêtre ci-dessus et le dessin d’une messe interdite d’un prêtre réfractaire ci-contre). L’abbé Grandin, le député et par ailleurs curé, envoya une letre à ses subordonnés les invitant à n’accepter que des serments restrictifs (on acceptait seulement les articles tolérables).

Ainsi le 27 février 1791 le Conseil communal (escorté de la maréchaussée et du détachement de Royal Roussillon) assista, à l’issu de la grand-messe, dans l’église, au serment restrictif des vicaires Cahoreau, Pillier et Liot. Les aumôniers et professeurs ne se déplaçèrent pas. Les curés et vicaires furent déclarés déchus de leur fonction, ce qui entraîna Cahoreau à revoir sa position et à réaliser un serment pur et simple. Cela lui permis d’être élu curé de la Gravelle, puis le 27 novembre 1791 curé d’Ernée, sous la direction de Monsieur Vilar, l’évêque constitutionnel de la Mayenne, qui lui donna un vicaire, l’abbé Lefort.

On permis aux insermentés de continuer à célébrer la messe à l’église d’Ernée.

Sous l'Assemblée législative (1791-1792) : les premières émeutes

En 1791, un député et un suppléant furent nommés pour Ernée à l’Assemblée Législative.

Le retour de l'Abbé Grandin met la pagaille dans les offices ernéens

Avec la fin de la Constituante (septembre 1791) et l’arrivée de l’Assemblée Législative, on assista au retour de l’Abbé Grandin. Cela causa de nombreux problèmes. Ainsi, à l’occasion du jour de Noël 1791, 80 gardes nationaux gardaient l’entrée de l’église. Ce soir là, Cahoreau célébrait à la paroisse, les insermentés à l’hôpital, aux couvent des Bénédictines et à la Chapelle de Charné. La municipalité réclama que les insermentés puissent dire au moins des messes basses à l’église, mais les insermentés refusèrent. Sur ordre du Directoire départemental, on décida de fermer le couvent des Bénédictines et la chapelle de l’hôpital le 6 janvier 1792. On devait ne célébrer à la chapelle de Charné que les messes de fondation. Par la suite on ferma complètement Charné.

Le 29 Janvier 1792, l’Abbé Grandin qui avait célébré la messe chez lui devant de nombreux fidèles, fut arrêter par la garde nationale.

Les levées d'hommes pour protéger la Patrie entraînent de nombreuses émeutes

Le 5 juillet 1792, l’Assemblée Législative déclara la patrie en danger. On ordonna de mettre en activité les citoyens capables de porter les armes pour repousser les armées ennemies qui venaient d’envahir la France.

Dans beaucoup de départements, les volontaires se présentèrent. En Mayenne, comme dans l’ouest en général, les émeutes éclatèrent au cours de l’enrôlement des paysans.

La première émeute du département eu lieu à St-Ouen-des-Toits, le 15 août 1792, à laquelle Jean Chouan a participé. Ce mouvement est celui qui a donné naissance à la chouannerie.

L'émeute très violente de Montaudin

Le 15 août 1792, au jour fixé pour l’enrôlement, on réunit à Montaudin les personnes de Montaudin, Larchamps, Lévaré et St-Berthevin. Les gens de Montaudin et Chailland étaient opposés au nouveau régime, tandis que les derniers étaient venus pour rentrer dans le contingent. Les rebelles maltraitèrent les autres, menacèrent de les tuer, ainsi que les commissaires venus dresser la liste des enrôlement. Un homme (Louis Charlot) donna le signal de l’émeute. Environ 200 personnes se dirigèrent vers l’habitation du capitaine de la garde nationale. Ils pillèrent, retrouvèrent le capitaine caché chez un voisin, déchirèrent la liste d’inscription des grenadiers. Finalement le capitaine fut grièvement blessé.

Le début d'émeute de Landivy

Des évènements similaires auraient pu se dérouler à Landivy le même jour. Au cours des opérations de recrutement, plusieurs individus armés de bâtons menacèrent les gardes. Ils déclarèrent qu’ils ne voulaient pas s’enrôler, et demandèrent aux officiers de quitter les lieux. Mais ils ne furent pas soutenus par la population. L’émeute s’apaisa.

Le brigandage à St-Denis-de-Gastines

Pendant que les hommes de Saint-Denis-de-Gastines étaient réunis à Ernée le 20 septembre 1792, une vingtaine de paysans de St-Denis quittèrent Ernée pour aller piller leurs concitoyens. Ils enfoncèrent à coups de hache la maison de dame Couasnon, pillèrent, brisèrent les meubles, rattrapèrent la dame qui s’était enfui “pieds nus au milieu de la boue”, la forcèrent à donner l’argent qu’elle avait sur elle. Ils dépensèrent l’argent dans un cabaret, et se rendirent dans une seconde maison où ils procédèrent à d’autres pillages.

Les poursuites

Le directoire du département ordonna des poursuites pour les troubles de Montaudin, Landivy, St-Denis. Le directoire du District d’Ernée, se voyant incapable de poursuivre tous les auteurs d’assassinats, de révoltes, de rébellions, demanda fin septembre de l’aide au directoire du département. L’administration départementale soutint le directoire du département en envoyant la garde nationale à Ernée.

Sous la Convention Nationale (1792-1795) : Quantin et Clément font du zèle alors que les Chouans tiennent les campagnes

Introduction

En 1792, le canton d’Ernée envoya à Mayenne 8 électeurs : Pierre-François Clément, François Rallu, Jean Gallouin, André-François Beauvais, Jean Clément, Joseph-Charles Cahoreau, Guillaume Divé, Pierre René-Morlière. Aucun élu du district ne fut choisi comme membre de la Convention Nationale.

C’est à la fin de l’année 1792 que Marat Quantin fut élu maire d’Ernée. Cet homme était très favorable aux idées révolutionnaires (il était proche des Jacobins ou des Montagnards). Il partageait ses idées avec le juge de paix du canton, Clément. Tous deux eurent de nombreuses oppositions avec le Directoire du département, plus modéré, proche des Jacobins à Paris (ce parti a été rapidement interdit).

L’histoire d’Ernée pendant la Révolution est donc liée à ces deux personnages détestables (on pourra le constater par la suite). Leur accès aux hautes fonctions d’Ernée est sans doute uniquement lié à cette période de trouble, entre la peur des Chouans qui occupaient dans les campagnes, et celles des révolutionnaires, aux condamnations souvent arbitraires.

Levée d'hommes et réquisitions.

A Paris, la Convention proclame le 21 septembre 1792 la République qui rassemble notamment Robespierre, Danton, Marat et qui rédige une nouvelle Constitution. L’épuration révolutionnaire s’accélère, et en particulier l’exécution du roi Louis XVI. Avec elle vont commencer les attaques sur les frontières. La Belgique est reperdue, et le Nord est menacé.

Pour faire face, la Convention décide de lever 300 000 hommes, dont 3686 en Mayenne, et 555 dans le district ernéen. En juin, il manque encore 60 personnes, car plusieurs communes n’ont pas voulu participer au tirage au sort. Parfois les conscrits se sont enfuis.

Pour entretenir ces hommes, on augmente les impôts qui atteignent jusqu’à 1/4 du revenu. Beaucoup de personnes rentrent dans le brigandage, et les gardes nationales ont fort à faire. Ils ne se gênent pas cependant pour faire du zèle, et procéder à quelques pillages.

Marat et Clément gagent le bras de fer avec le département

Quantin, maire d’Ernée, dépasse des limites de sa commune et celles de sa fonction à plusieurs reprises. C’est ainsi que le 15 mai 1793, il fait arrêté un prêtre inoffensif et âgé, qui avait prêté serment sur la Constitution Civile du Clergé, l’abbé Deslandes. Son neveux, un dénommé Dodard, écrit au Directoire, qui s’empresse de faire libérer l’homme agé.

Quantin et Clément rédigent alors un faux mandat pour que les gardes nationaux arrête à nouveau l’abbé Deslandes : ce document, signé de leurs mains, et de celles de quelques officiers municipaux et de notables (dont les signatures ont été obtenues par surprise) portait la mention “ci-devant huissier”, signé de Desmoulins (qui n’avait pas de certificat de civisme et ne pouvait donc pas être honoré du titre de huissier). L’abbé est donc à nouveau arrêté. Dodard écrit une seconde fois au Directoire, qui comme la première fois, fait libéré l’homme. Le lendemain il est arrêté de nouveau.

Le 25 mai 1793, dans un arrêté fort, le Directoire réagit : Clément est placé sous surveillance, mais garde ses fonctions. Quantin est quant à lui suspendu de ses fonctions. Desmoulin, le faux-huissier, est accusé de faux. Peu de temps après, Quantin et Clément furent traduits devant le tribunal criminel du département, mais ils furent acquittés. Ce jugement peut s’expliquer par la chute des Fédéralistes (les modérés) au niveau national, et les changements au sein du Directoire qui s’en suivi.

On connaît également d’autres méfaits que Quantin effectua durant la même période. Le plus important fut quand Quantin, accompagné d’un dénommé Gallouin et de gardes nationaux, allèrent une nuit de fin août - début septembre 1793 chez Jacques Vauloup, qui habitait Luitré, district de Fougères. Ils ruèrent l’homme (et sa femme) de coups, pillèrent sa maison. L’affaire fut portée devant le juge de paix du district de Fougères, mais qui n’intervint pas, craigant pour sa sécurité. Jacques Vauloup fut condamné à mort à Ernée en mars 1794.

Plus tard le département fut destitué par les représentants Esnue-Levallée et Thirion. Quantin fut parmis les remplaçant le 2 octobre 1793. Il choisit alors de se faire appeler Marat Quantin, en hommage au célèbre jacobin (dans ses propos du 10 août 1793, Quantion dit “Marat, divin Marat, écoute nos serments, sors de la poussière, tu n’es pas fait pour dormir dans la tombe, nous te portons en nos coeurs”).

Cahoreau, un prêtre près de ses sous

Au début de janvier 1793, on repprocha au curé Cahoreau de faire payer trop cher ses services. Et l’accusation est précise : 15 livres 8 sols pour les frais funéraire de Soeur Jeanne Bodin ! Il faisait par ailleurs, droits de publication de mariage. Il s’offusca des plaintes à son égard, menaça de démissionner, mais n’en fit rien (il dut quand même rembourser les 15 livres et 8 sols).

L’accusation reprochait également à Cahoreau de faire payer les publications de mariage. Cahoreau répliqua que personne ne l’en avait défendu, mais et que il ferait sa “damission, dimanche prochain en cjaire, nous verrons ce que deviendra le citoyen Quantin” (Quantin était maire d’Ernée). L’affaire se calma, mais Clément tenait rigueur des propos tenus par Cahoreau sur Quantin. Le 18 janvier, Cahoreau écrivit au juge de paix Clément qu’il regrettait ce qu’il avait dit.

Mobilisation générale

Les frontières Nord et Est sont forcées. En Vendée, la révolte est complète, et elle a réunie 300 000 hommes pour défendre Dieu et le Roi.

La Convention décrète la levée en masse. Tout homme susceptible de porter une arme est mobilisable. Il en est de même de tout les biens des citoyens. Cela couvre les grains, fourrages, moyens de transport, vêtements, chaussures, etc. Tout le monde ne coopère pas, et les arrestations de suspects sont nombreuses. On loge des prisonniers dans la maison des religieuses de la Miséricorde, aux Couvent des Bénédictines et dans l’église Notre Dame de l’Assomption (Ernée).

Le passage des Vendéens

Un premier passage

Les Vendéens marchent sur Ernée. Déjà le 8ème bataillon du Calvados arrive à Ernée, avec 2 pièces de 4 (boulet de 4 livres soit environ 2 kilos). En tout il y a 1400 hommes et 5000 cartouches. On monte des barricades sur les chemins menant à Ernée.

Le général Huché reçoit l’ordre de se replier sur Fougères avec armes et munitions. La population ernéenne suit ce modèle et s’enfuit. Les autorités font transporter à Mortain caisses, livres de compte, registres, archives, etc.

L’ordre de repliement est bientôt suivi d’un contre-ordre. Le 2 novembre le 19ème bataillon des Chasseurs d’Ernée reçoit l’ordre de défendre Ernée.

Les Vendéens arrivent à Ernée le 2 novembre. Ils sont parvenus à la place des Halles (actuellement place Renault-Morlière), coupent l’arbre de la Liberté, quand les bleus arrivent. Les blancs se sont repliés sur Charné, mais prennent alors conscience qu’ils sont en large supériorité numérique. Les chasseurs, presque à court de munition, perdent les 2/3 de leur effectif. A midi les Vendéens sont maître de la ville.

Ils ne trouvent pas les administrateurs de la ville, et décident alors de détruire ce qu’il reste des registres. Ils en font un feu de joie. Ils se répandent dans les campagnes et bourgs voisins pour procédèrent à des pillages (il faut bien nourrir les milliers de Vendéens), sans trop se soucier du camp des dépossédés. Ils fusillent 3 ou 4 personnes, dont le curé jureur de Saint-Denis-de-Gastines.

Ils partent d’Ernée le 4 novembre. Le soir même les administrateurs de la ville sont revenus. Ils vont fuir à nouveau le 5 car un détachement vendéen revient de Fougères pour procéder à d’autres réquisitions.

Le second passage

Les Vendéens sont repassés par Ernée le 25 novembre 1793, après leur retour de Grandville. Les Vendéens n’ont pas eu l’aide anglaise qu’ils espéraient trouver, et lorsqu’ils passent par Ernée, il n’y a pas de batailles, juste des réquisitions. Les fonctionnaires quittèrent encore une fois les lieux. La population fut atteinte par une Maladie infectieuse, la dysenterie. En décembre, il y avait jusqu’à 15 décès par jours à Ernée. L’administrateur fit fusiller les Vendéens malades ou blessés laissés à l’hôpital au passage.

La fête de la libération

On célébra la grande fête de la Libération le 30 décembre, on planta un nouvel arbre de la libération, mais il fallut emprunter pour payer les 100 livres de frais.

Quantin, nommé administrateur au département

Quantin quitta Ernée pour arriver au département comme administrateur au département. A sa nouvelle place, il interdit le culte dans l’église d’Ernée, qui fut pillée, et dont on brisa statues, autels, mobilier, vases, linges, ornements, cloches et leurs cordes ! On inventorient les objets précieux, qui sont envoyées aux monnaies... On en fait autant aux couvent des Bénédictines et à la chapelle de Charné.

L’église d’Ernée fut transformée en Temple de la Raison, une salle de réunion pour les Assemblées Populaires, pour le Tribunal Populaire, pour la Société Populaire, la nef en magasin militaire.

On fortifie la ville, en installant des barrières et redoutes (petites fortifications) gardées militairement pour barrer l’entrée de la ville. Pour entrer ou sortir, il faut présenter un “certificat de civisme”, qu’il faut aussi montrer à toutes réquisitions. Ce certificat n’est pas donné à tout le monde.

Les réquisitions sont courantes, car il faut entretenir la garnison en poste à Ernée. Matelas, draps, cruches, gamelles, bancs, tables, attelages (chevaux et bœufs). Il faut aussi du beurre pour les Parisiens, et beaucoup de grain (payé en Assignats)... Ce qui manque est acheté à Fougères. D’autres denrées doivent être livrées, et la loi du Maximum interdit de fixer des prix trop élevés.

La Commission Révolutionnaire Clément - Volcler

A Ernée, la Commission Révolutionnaire Clément - Volcler était chargée des jugements. Son but avoué était de supprimer tous les aristocrates. Elle considérait ainsi les nobles, ecclésiastiques insermentés, catholiques pratiquants, les riches, et ceux qui n’était pas assez pro-Révolutionnaire.

La Commission Révolutionnaire passa de nombreux jugements. Ce fut entre le 13 et le 30 ventôse (mars) 1794 que le plus grand nombre de jugements fut prononcé. Sur environ 90 personnes, il y eu 33 hommes et 5 femmes condamnés à mort. Parmi celles-ci, les sœurs Jeanne Véron et Françoise Tréhet, Jacques Vauloup qui avait donné asile à des prêtres qui refusaient de prêter serment. Ce fut la guillotine qui sévit, déplacée pour l’occasion sur l’actuelle place de la Mairie (sur ordre de Marat Quantin), pour qu’ils puissent être vus depuis la maison des sœurs de la Miséricorde (actuelle école de musique) où se trouvaient les personnes acquittées. Ils furent enterrés dans les Landes de Vahais.

Les administrateurs de Laval se plaignirent du trop de zèle de la Commission ernéenne, l’accusait d’insulter ses victimes. On rapporte que Gilles Coutard, ami de Marat Quantin et de Clément, membre du Comité Révolutionnaire d’Ernée, vint chercher à Laval, après l’exécution, la tête de Jourdain, son ennemi ernéen, guillotiné pour fédéralisme. Il rapporta la tête, qui après être baladée dans les rues d’Ernée, figura pendant 2 mois au dessus de la porte de la salle où l’administration tenait ses séances.

La région durant la Terreur (octobre 1793 - juillet 1794)

La situation a peu évolué en 1794 : la ville d’Ernée est maintenue assiégée par les Chouans qui tiennent les campagnes, et les ravitaillements ne peuvent passer que s’ils sont gardés par une importante escorte, les municipalités de villes alentours sont arrivées à Ernée, d’où ils assurent leurs fonctions. Cela leur évitent que les Chouans les marquent au fer rouge sur le visage de la Fleur de Lys. La ville ainsi garnie compte largement 5000 personnes. Pour pouvoir rester mettre de la ville, on impose en plus du certificat de civisme le port obligatoire d’une arme pour les hommes de plus de 16 ans. On ordonne aussi de murer les portes de derrière. Les ordres n’étant pas appliqués, il faut arrêter les récalcitrants. Bientôt 700 hommes sont entassés dans l’église, mais leur entretient coûte cher à la municipalité. En plus le bataillon “Montagne” cantonné en ville, cause plus de problèmes qu’il ne met d’ordre : les soldats échangent contre des vivres la poudre de leur fusils, qu’ils remplacent par de la graine à carotte.

C’est à cette époque que l’on fête avec du retard le 8 août 1794 la déesse raison. Une fille de Montenay représente la déesse, accompagnée de la municipalité. Il y a un discours, de la musique, une quête... Une fois la fête passée, on déguise l’ancienne statue de la Vierge en déesse raison pour la placer sur l’autel.

Même si cela est interdit, pendant toute cette période, on continue de recevoir les sacrements si on le souhaite, les messes sont célébrées en cachette. 6 ou 7 prêtres se relayent à Ernée ou dans les paroisses voisines. Une concrégation religieuse va même se créer à cette époque, “les Adoratrices de la Trinité”.

La région après la Terreur (juillet 1794 - 1795)

A la chute (et mort) de Robespierre en juillet 1794, les patriotes d’Ernée, dont Marat Quantin, applaudirent, sauf Clément qui eut le courage de ses opinions.

Plus de modération dans les municipalités

La fin de la Terreur correspondit à l’arrivée à Ernée du représentant Boursault en novembre 1794. Ce fut un net changement qui s’opéra à Ernée. Les commissions philanthropiques libérèrent des prisons ceux qui n’étaient pas réellement coupables. Les municipalités plus modérées furent placées. On arrêta un certain nombre de terroriste, dont Quantin, mais pas Clément, qui perdait juste le titre de juge de paix.

Les campagnes complètement perdues

Cependant les campagnes continuaient à être occupée par les Chouans, et la famine continuait. Les Chouans interdisaient que l’on batte le grain, obligeaient à démonter les roues des charrettes. Les marchés ne sont pas approvisionnés. Tout transport de grain nécessite un convoi. Seuls les razzias réalisées par les garnisons permettent d’amener les sacs de grain, mais mécontentent fortement la population. On nomma des Commissaires pour remplacer les municipalités défaillantes, mais ils préférèrent se faire arrêter que prendre les postes.

Des jeunes se proposent de rétablir l'ordre... et sont calmés

Lorsque plusieurs jeunes se présentèrent à Ernée pour “constituer une formidable puissance, destinée à maintenir l’ordre public et à déjouer les complots des méchants et des terroristes”, on se méfia d’eux. On leur prit leurs armes, et on les remit à leur place. Mieux valait ne pas faire trop de zèle et ne pas effrayer.

Fin des réquisitions

1795 vit cependant une nette amélioration avec la fin des réquisitions. Il est vrai que la récolte fut tardive, et que plus personne ne pouvait plus fournir pour les réquisitions.

Liberté religieuse

Le 21 février 1795, la Convention avait rétabli la liberté de culte, sans salarier les religieux.

A Ernée, les prêtres jureurs Cahoreau et son vicaire Lefort obtinrent un certificat de civisme.

Ils purent réouvrir la chapelle de Charné, ainsi qu’une partie de l’église, une autre partie restant pourtant magasin militaire. Charné fut vendu à Gouger, dit La France pour 1402 francs (voir page sur Charné). Les prêtres insermentés continuèrent à célébrer les offices dans des maisons particulières.

Fin de la Convention

A Paris, la Convention se sépara. Elle avait au moins à son actif quelques victoires hors de nos frontières. Avant de se quitter, elle décida que le Directoire qui lui succéderait aurait 2/3 d’ex-conventionnels.

Le Directoire

L'administration du canton depuis Ernée

Ernée passa de chef-lieu de district en chef de chef-lieu de canton. Comme on ne pouvait trouver de municipalités pour les villes alentours, on les administrait depuis Ernée.

Charné échappe à la démolition

Gouger, dit La France, propriétaire de la chapelle de Charné, souhaite récupérer des matériaux sur la Chapelle, mais, sous l’influence de la population, il n’y parvient (voir page sur Charné).

1796 : la Chouannerie plus forte que jamais

Avec le Directoire commença une des périodes les plus difficile que le pays d’Ernée connu au cours de la Révolution. En effet les Chouans occupent les campagnent. Ils sont dirigés par de Chalus et de Boisguy (qui était lieutenant général de l’armée catholique et royaliste). Pour survivre dans les campagnes et mener leur combat, ils martyrisent les paysans, allant jusqu’aux égorgements parfois (l’adage “la fin justifie les moyens” doit être vu ici dans toute sa splendeur).

Le service des postes interrompu

Les attaques des voyageurs sur les routes qui relient les différentes villes du district sont quotidiennes. La poste doit même suspendre son service pendant plusieurs mois tant elle est peu fiable. Ce sont des cavaliers qui sont chargés de porter les dépêches de Mayenne à Ernée en toute hâte.

Les gens des campagnes premières victimes des Chouans

Les exemples sont nombreux : “Le Citoyen Dupont, de Villeneuve, en Chaillland, à deux lieues d’Ernée, a été saisi, il y a environ cinq semaines, en sa maison de grand matin; il a été saigné avec le croc en fer d’une pesée, puis on lui a crevé la tête avec une massue; sa fille, en cette scène, a été cruellement maltraitée. L’on cherchait ses deux fils pour les égorger”. “Le 19 flôral, dix laboureurs de la commune de Juvigné on été égorgés pendant la nuit dans leurs chaumières”. Ces deux exemples terrifiants, consignés par les officiers municipaux d’Ernée, montrent la terreur que l’on pouvait ressentir à l’égard de ces contrebandiers qui se voulaient défenceurs du roi et de l’Eglise.

Les villes assiégées

La situation est réellement grave. La plupart des bourgs sont régulièrement occupés par les Chouans. Ernée, qui abritait une forte garnison (voir ci-après), fut même attéquée le 3 pluviôse an IV) alors que l’on célébrait une fête publique, mais les Chouans furent repoussés.

3.000 Chouans à Juvigné

Au cours du mois de flôréal an IV (de fin janvier à fin février), 3.000 Chouans, dirigés par Boisguy et Chalus, occupèrent la commune de Juvigné. Du Boisguy, dans un courrier qu’il fit parvenir aux autorités ernéennes, fit de fortes menaçes aux révolutionnaires ernéens. La garnison stationnée à Ernée alla à la rencontre de Chouans. Il y eut une fusillade (l’issu du combat ne m’est pas connu, mais il est raisonnable de penser qu les Chouans se dispersèrent, n’ayant pas coutume d’être regroupés dangereusement). Plusieurs batailles isolées eurent lieu dans les jours suivant, mettant en péril les détachements militaires venus en renfort des la garnison ernéenne.

L'entretien de la garnison a été Ernée

Comme je l’ai déjà précisé, une garnison était en poste à Ernée. “En février 1796, Ernée a une garnison de cinq cents hommes de troupe de ligne avec plusieurs pièces d’artillerie” (selon le dictionnaire de l’Abbé Angot). Le gouvernement n’ayant pas d’argent, ces hommes étaient payés en Assignats. Une autre source (Delaunay) précise que le 30 nivôse il y avait “400 hommes avec deux pièces de canons à Ernée et trois autres cantonnements à Désertines, Gorron, Vautorte, dans tout le ressort de l’ancien district d’Ernée”.

L’état de siège fut donc proclamé début 1896, ce qui permit à ces soldats de procéder à des réquisitions de vivres et de fourrage. Mais cela revenait à dépouiller une seconde fois les paysans, déjà victimes des Chouans. Les maréchaux-ferrants d’Ernée ainsi que les cordonniers refusèrent quant-à-eux de travailler gratuitement.

Il faut cependant préciser, et pour conclure, que la présenece de cette garnison n’est pas pour déplaire aux habitants d’Ernée. Lorsqu’en germinal An 4 le bataillon reçoit l’ordre de quitter la ville, les administrateurs de la ville, reprenant le mécontentement de la population, supplient par courrier les généraux siégant à Mayenne de laisser le 3ème bataillon. Ces hommes connaissaientt en effet très bien la campagne environnante, et étaient redoutés des Chouans.

Changement de statuts pour Ernée

Ernée comptant 5274 âmes, et pour se conformer à la Constitution de l’An IV, elle devint Administration municipale. Mais lorsqu’à la fin de l’année 1796 elle ne comptait plus que 4565 habitants, elle fut alors administration municipale de canton.

Beaucoup de personnes se succédèrent à cette période parmis les administrateurs de la ville.

Les Chouans moins virulents...

La paix revint aux alentours de prairial et de messidor an IV. Les Chouans pillaient moins. La municipalité remercia le général La Barolière pour avoir pacifier les communes de l’ancien district. ... mais pas pour longtemps !

Les chefs Chouans remobilisent leurs troupent

Il fut établi que le chef des Chopuans Chateauneuf était aux environ de Montaudin à la fin du mois de vendémiaire an VII (octobre 98). Il avait même séjourné aux Château de Montflaux (à Saint-Denis de Gastines) et dans le bourg de cette même ville. Il fut également rapporté que Jean-Baptiste Le Dauphin, dit Le Vengeur s’était réfugié à Saint-Denis de Gastines (toujours dans le Château de Montflaux et dans le bourg).

Sources

Sur le cahier de doléance et l’élection des députés :

  • “Ernée à travers les âges”, Robert Amiard
  • “Dictionnaire de la Mayenne”, Abbé Angot.
  • “Histoire de France”, Elisabeth Kirchhoff, édition Molière.

Sur La Constitution Civile du clergé :

  • “Histoire de la ville et du Pays d’Ernée”, R. Delaunay, 1ère Partie, Section 3, Chapitre 2

Sur Le Passage des Vendéens :

  • “Histoire de la ville et du Pays d’Ernée”, R. Delaunay, 1ère Partie, Section 3, Chapitre 4

Sur la Commission Révolutionnaire Clément- Volcler :

  • “Ernée à travers les âges”, Robert Amiard, p. 68-69

Sur la Convention Nationale:

  • “Histoire de France”, Elisabeth Kirchhoff, édition Molière.
  • “Ernée à travers les âges”, Robert Amiard , P. 62 à 73
  • “Histoire de la ville et du Pays d’Ernée”, R. Delaunay, 1ère Partie, Section 3, Chapitre 3

Sur le Directoire:

  • “Histoire de la ville et du Pays d’Ernée”, R. Delaunay, 1ère Partie, Section 3, Chapitre 7
  • “Dictionnaire de la Mayenne”, Abbé Angot, p.122 du Tome 2.

“Au Pays d’Ernée” ( www.renoulin.fr/aupaysdernee ) par Christian Renoulin.

 
 


 
histoire/epoques/revolution.txt · Dernière modification: 2008/10/05 19:29
 
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